Law to be or not to be (beautiful)
Rencontrer une star, image de Dior
Homme Sport derechef... Difficile de ne pas céder... Ajoutez que beau
comme un camion, il s'apprête à jouer Hamlet. On ne résiste pas : on le
fait réagir sur le rapport à la beauté des auteurs qu'il a interprétés,
Shakespeare en tête...
Quand on est un homme, il est le prototype du
congénère qu'on aime haïr. Il faut dire qu'à 36 ans, Jude Law a tout
: le bon look, le succès, les conquêtes, les contrats. Alors, quand
on part le rencontrer à Londres, où il assure le service après-vente
de Dior Homme Sport, la fragrance mâle dont il est l'image, on est
prêt à en découdre avec la star. Ou au moins décidé à se la jouer
blasé. Sentiment conforté en constatant le niveau d'hystérie
féminine ambiante régnant au Dorchester, palace Art déco abritant
pour quelques heures le beau gosse en question : les journalistes
femmes conviées à passer, l'une après l'autre, une demi-heure avec
lui dans la suite 404 sont en plein syndrome Coup de foudre à
Notting Hill, secouées de hoquets nerveux, de gloussements, les
zygomatiques en plein stretching.
Le journaliste mâle est plus calme. Amadoue l'attachée presse qui
fait trembler tout ce petit monde. Elle a oublié de faire passer à
Jude les citations d'auteurs qu'on voulait lui faire commenter...
Demande si vraiment, on n'a pas d'autres questions... Non ! Il
répondra " on the spot " !, lui réplique-t-on. Elle est un peu
inquiète : elle sait maîtriser les débordements people mais là... No
worries, dear. Parce que lui va s'amuser à répondre, sortir le
carnet de cuir sur lequel il travaille Hamlet - la première est le
29 mai -, et ça tombe bien, il s'interroge sur le rapport à la
beauté dudit Prince du Danemark. Il rit, sourit, s'anime. Et on
comprend pourquoi elles tombent toutes : le gaillard a une grâce et
une sensualité animales. Et un cerveau en état de marche...
Alors, on cesse d'être jaloux et l'espace d'une demi-heure on se
prend pour son nouveau meilleur ami. Logique, c'est aussi un pro de
la com'. La preuve, après l'interview, il fera passer le message :
il a vraiment beaucoup aimé ce jeu littéraire. C'est gentil. Cela le
rend encore plus sympathique. On repart content. Ah et oui, juste
une chose : il est encore plus beau qu'il n'est joli. Agaçant on
vous dit.
G.D. : George Bernard Shaw, dont vous avez interprété le
Pygmalion sur les planches , déclarait : " La beauté est
toujours parfaite au premier coup d'oeil ; mais qui y porte
attention après trois jours ? "...
J.L. : Naturellement il a raison ! La beauté a quelque chose
de brutal, qui vous frappe immédiatement. Elle vous coupe le souffle
tout en étant aussi douce et enivrante qu'une gorgée de champagne.
Elle a cette spontanéité, puis grandit en vous. Y compris la beauté
que l'on peut rencontrer dans la laideur extrême. Qui évidemment
m'intéresse tout autant.
G.D. : Shakespeare lui, dans l'un de ses plus célèbres sonnets,
le 54, s'exclame "Oh ! comme la beauté semble plus belle
lorsqu'elle est embaumée par la vérité ! "...
J.L. : Shakespeare y adjoint, évidemment une touche de
morale. Et c'est en cela qu'elle est vraie, réelle et véritable.
Demeure qu'aujourd'hui, on la trouve partout dans la danse, la
photographie, les films ou la musique. Mais la vraie beauté, celle
qui tient, a une spiritualité.
G.D. : Que répondez-vous à Oscar Wilde, dont vous fûtes l'amant
au cinéma, quand il écrit " La beauté révèle tout car elle
n'exprime rien " ?
J.L. : Disons qu'aujourd'hui, elle n'est ni une vertu ni une
valeur. Ou alors une valeur sur-estimée, qui permet de tout acheter
et de vendre n'importe quoi. Elle est un raccourci brutal pour tout
obtenir. Et ainsi, elle peut s'avérer décevante.
G.D. : Hamlet semble lui un peu perdu quand il déclare à Ophélie
: "La beauté aura le pouvoir de faire de la vertu une
maquerelle, avant que la vertu ait la force de transformer la beauté
à son image. Ce fut jadis un paradoxe, mais le temps a prouvé que
c'est une vérité. "
J.L. : Hamlet a un rapport paradoxal à la beauté. Quand il
dit cela à Ophélie, il ne lui dit rien d'autre, certes avec cruauté,
qu'il l'a aimée et qu'il ne l'aime plus... À ce moment là de son
propre parcours, elle ne correspond plus à sa quête d'absolu. Or,
cette pièce est le récit d'un itinéraire vers l'absolu et son
personnage principal est en permanence dans une dynamique de lutte
pour l'atteindre. N'oubliez pas que Shakespeare a beaucoup lu
Montaigne !
G.D. : Qu'y a-t-il d'Hamlet en vous ?
J.L. : Tout et rien car il est universel. Je suis heureux
d'entrer dans le cercle des acteurs qui l'ont joué et dans une
production aux places abordables, puisqu'elles débutent à 10 livres
(environ 10 euros). Et depuis que j'ai pris en charge ce rôle, je me
rends compte à quel point il était pertinent pour inaugurer un
nouveau chapitre de ma carrière. Et modifier la perception que l'on
a de moi. Je n'ai plus 20 ans !
G.D. : Cette fuite du temps vous inquiète-t-elle en tant
qu'acteur et comme image de beauté, portant les couleurs deDior
Homme Sport ?
J.L. : Mais je compte bien, bien vieillir ! C'est l'avantage
des hommes. Plaisanterie à part, je ne me fais guère d'illusion. Les
good looks sont superficiels et ne disent rien de la réalité d'une
belle personne. Pour ma part, j'ai décidé une bonne fois pour toutes
de séparer l'image publique qui est la mienne de ma propre réalité.
Et je ne passe pas mon temps devant un miroir. Même pour préparer un
rôle physique comme Hamlet où les miroirs ont un rôle clef !
G.D. : Christian Dior disait "Le parfum d'une femme dit
plus sur elle que son écriture "...
J.L. : J'interpréterais cette phrase en considérant le parfum
comme l'essence même de la personne. Et dès lors, le choix d'une
fragrance est une expression externe de ce que vous êtes... Cocteau
lui disait : " Les privilèges de la beauté sont immenses. Elle
agit même sur ceux qui ne la constatent pas. "
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